Sur cette période de stage de quatre mois, j’ai fait deux mois de bénévolat à 90min puis deux autres mois au média qui va nous intéresser aujourd’hui.
La petite radio associative a été fondée en 1995 à Lormont. A cette époque, les habitants de la Rive Droite sont vus comme les pouilleux de Bordeaux. Ceux qui vivent dans leur poubelle et à qui adresser la parole revient à pactiser avec l’ennemi. C’est ainsi qu’est mise sur pied l’association O2 Radio, pour donner la parole à cette Rive Droite oubliée et que toute la rive gauche critique. Deux ans après la fondation, en 1997, la radio obtient le droit d’émettre, droit qui tient toujours aujourd’hui.
La radio des Hauts de Garonne se compose d’un président, Mayacine Diop, d’un directeur, Abdellah Ahabchanne, ainsi que de quatre employés. Il y a Joël Guttmann, responsable d’antenne mais aussi présentateur du journal d’O2. Il y a Nicolas Cantiniaux, responsable technique. Il y a Christelle Camberlin, comptable et secrétaire de l’association et enfin, il y a Jean-Christophe Blancand, responsable du développement.

Dans la France à Macron, garder à flot une association, ça relève de l’exploit. En tant que radio associative, les revenus publicitaires ne peuvent pas dépasser 20% des rentrées d’argent, sous peine de devenir une radio commerciale. Et comme ils n’ont pas de pubs ou très peu, il faut trouver l’argent autrement. C’est ainsi qu’ils participent à des appels d’offres. Lancés par divers organismes, ce sont la principale source de revenu pour l’association. Ils doivent réaliser des reportages ou encore des interviews sur des sujets donnés tels que la laïcité, la santé, l’emploi et ainsi de suite. Et les stagiaires, dont j’ai fait partie, participent à tout ça. Cela implique qu’il faut être irréprochable car si le travail n’est pas fait, c’est l’avenir de la radio qui est en danger. Mais bon, je n’ai rien appris, je sais ce que c’est la précarité.
Troisième stage, deuxième plaisant, premier utile
C’est ainsi que je me suis retrouvé sur mon premier reportage à Info Jeunes pour un forum autour de la santé. Une expérience sympathique même si j’ai préféré mes deux reportages suivants dont celui à Backseat sur lequel je m’étends plus longuement dans ce rendu. Les reportages n’ont rien de particulier, ce sont des reportages. La seule différence notable est simple : dire que je viens pour O2 Radio pousse les gens à répondre, bien plus que quand il fallait dire que je venais pour l’EFJ.
Derrière il fallait faire le montage et ici, si j’en ai fait moi-même, Elliot, stagiaire en audiovisuel, m’a aidé sur cette partie parfois. Ce dernier par ailleurs était aussi très souvent en régie et il m’a enseigné la manière de s’en servir. Il était tout le temps présent lors des différents journaux auxquels j’ai participé, pour les reportages comme pour les brèves.

Les brèves, c’est le truc de base à O2 Radio. Tous les jours, il faut préparer plusieurs brèves d’info afin de les lire en ouverture du journal. En théorie c’est censé durer trois minutes mais comme je parle vite, on est souvent plus proche des deux minutes. Il faut être efficace et énergique pour ne pas faire redescendre le rythme après l’introduction de Joël. Un exercice un peu stressant la première fois mais très vite, ça devient la routine. Mais lorsque Joël est parti une semaine en congés, il a fallu quelqu’un pour le remplacer. Et c’est ainsi que j’ai animé le journal d’O2 Radio à deux reprises : le lundi 16 février et le jeudi 19 février.

Journaliste, animateur à mi-temps et technicien bénévole
Le lundi, il a fallu animer une interview avec l’Écho des Collines. L’occasion pour Romain de suivre et de me relayer sur les brèves ce jour-là. Coraline, journaliste, est venue présenter le dernier numéro du journal et les différents articles qui composaient le magazine. Une interview assez intéressante à faire, surtout que la forme a changé à la dernière minute ce qui m’a poussé à improviser mes questions.
Le jeudi, j’ai fait l’intro, les brèves et le reportage qui passait derrière. Bref, j’ai été la seule voix présente. Et la différence avec Joël a été claire quand j’ai vu que la présentation qui prenait trois minutes habituellement ne prenait plus qu’une cinquantaine de secondes.
La présentation des deux journaux était amusante et intéressante parce que ça demande plus de présence et de travail que simplement faire trois brèves au début.
Mais tout pile un mois plus tard, le lundi 16 mars, Joël m’a confié à nouveau, alors qu’il était présent cette fois-ci, la présentation du journal. Encore pour la présentation de l’Écho des Collines. Sauf que c’est Romain qui a été commissionné cette fois-ci par l’Écho. Ainsi, nous avons tenu la radio pendant une demi-heure et c’était super sympa comme expérience. Et le lendemain, j’ai aussi occupé la place de présentateur mais c’est Chloé, en service civique, qui a réalisé l’interview.
Un stage intéressant sur le plan professionnel
Et cela représente à peu près l’intégralité de mes missions à O2 Radio. Pendant mon stage, j’ai vu passer plusieurs associations, ce qui est logique pour une radio elle-même associative. Mais ça m’a permis d’être dans un milieu de mon bord politique pour commencer (fin, qui s’en rapproche) et surtout de voir des gens concernés par la précarité, par les soucis des minorités et des gens étouffés par le système. Le tout dans une ambiance sympathique et chaleureuse. Mention spéciale pour les deux présentateurs bénévoles que sont Guy et Alexis, ils s’occupent des émissions “Toujours Debout” et du “O2 Sports Show”. Malgré leurs handicaps et les difficultés qu’ils traversent, ils trouvent toujours le mot pour rire mais ils sont aussi très intéressants et cultivés. Ce sont des gens légitimement passionnants.
Car oui, O2 Radio permet à n’importe qui de venir réaliser son émission bénévolement. Contre une cotisation, il est possible d’avoir son programme sur la grille de la radio. Il y a un public pour les 31 émissions bénévoles du média. Cependant il n’est pas chiffrable car comme O2 n’a pas de pubs, ils ne ressentent pas le besoin de calculer l’audience pour la vendre ensuite. Ce genre d’initiative est importante car elle offre l’accès à la radio et à une audience. Et c’est capital que les médias ne soient pas dédiés à une élite bourgeoise et “supérieure” qui ne laisse passer que son cheminement de pensée. Un peu de liberté et d’accessibilité ne fait pas de mal.
Ce stage a vraiment été plaisant. Tout s’est bien passé, j’y ai été respecté et ma liberté d’expression aussi. Pour la première fois, un stage m’a permis de faire progresser mes compétences. Ma voix est meilleure et j’écris plus rapidement qu’avant. Et ça fait du bien d’enfin réaliser un stage intéressant, deux mois utiles sur six, y’a du progrès.
Peut-être que c’est un média modeste, indépendant et en difficulté, mais c’est un média humain qui ne prend personne de haut.